Catherine Brunet
Travailler dans le plaisir

Entrevue avec Catherine Brunet

Entrevue avec Catherine Brunet

SAM: Salut Catherine! Comment aimes-tu te faire diriger en tant qu’actrice?

Catherine: J’aime la communication. Je suis chanceuse, je travaille vraiment avec des réalisateurs extraordinaires. Au fond, ce sont des amis. Quand je joue un rôle, je suis dévouée au réalisateur. Pour moi, un acteur est au service d’une vision. Il y a quelqu’un qui a une vision et on va dans cette direction, on a le goût de te transmettre quelque chose. Ça prend beaucoup de confiance, de respect et je pense que c’est réciproque aussi pour le réalisateur. Il y a des réalisateurs qui parlent dans un portevoix et qui s’arrangent pour faire brailler les comédiens; je trouve que ça n’a aucun sens. Si on ne peut pas travailler dans le plaisir, on passe à côté. Au bout du compte, je trouve ça tellement absurde que ce soit un travail de jouer, de faire du cinéma…

SAM: Aimes-tu avoir des directives précises d’un réalisateur?

Catherine: Je n’aime pas tant les directives trop précises. C’est dur à dire, c’est vraiment de la communication. Par exemple, la réalisatrice du Chalet, on est des amies dans la vie. Quand elle a une note, on se comprend tout de suite. Je ne pense pas qu’on est des machines, on n’est pas fait pour y aller à la ligne près… mais en fait, ça dépend. Regarde Xavier Dolan, pendant les prises, il dirige les acteurs, il leur dit: «Serre les dents, hausse les sourcils, plus ci, plus ça.» Je rêve de me faire diriger par lui, c’est une autre technique.

Aussi, je vais créer des moodboards pour mes personnages avec des looks et j’envoie ça à la costumière. Et on travaille ensemble, on travaille avec l’équipe. Si quelqu’un me disait : «Mêle-toi de tes affaires», je leur dirais que c’est de mes affaires, c’est mon personnage.

SAM: Travailles-tu en amont avec le réalisateur?

Catherine: Travailler le personnage en amont, c’est primordial. Pour la série Marche à l’ombre réalisée par Francis Leclerc, j’ai passé du temps avec lui avant de commencer le projet. Un moment donné, je mangeais un gros sandwich et il trouvait que mes mains étaient vraiment petites par rapport au sandwich. Et on a utilisé cet élément-là dans la série. Mon personnage dans Marche à l’ombre, elle a fait l’armée, elle s’en fout, donc cette idée de toujours la faire manger avec ses mains est partie de là. En bout de ligne, il n’y a peut-être juste nous qui le voyons, mais je trouve ça cool. Aussi, je vais créer des moodboards pour mes personnages avec des looks et j’envoie ça à la costumière. Et on travaille ensemble, on travaille avec l’équipe. Si quelqu’un me disait : «Mêle-toi de tes affaires», je leur dirais que c’est de mes affaires, c’est mon personnage.

SAM: Quels sont les rôles qui viennent te chercher?

Catherine: Je n’ai pas vraiment de rôle en particulier. Tout dépend de l’écriture, du projet. Tous les personnages peuvent être intéressants à jouer d’une certaine manière. Parfois, un personnage va être très proche de moi, donc c’est plus dur de se détacher…

SAM: Effectivement, dans Le Chalet, on a l’impression que le personnage de Cath est proche de toi : il porte ton nom, c’est ta gang d’amis…

Catherine: Pour Le Chalet, Cath c’est pas vraiment moi. C’est vrai que le personnage ne se détache pas beaucoup de moi, car on utilise nos vraies expressions et il y a beaucoup d’impro entre les comédiens. Mais c’est pas moi qui écris le dialogue. Oui Cath, c’est mon nom, et les autres personnages, c’est mes amis. Elle n’est pas complètement éloignée de moi, mais je suis pas aussi «fifille» que le personnage. Je suis loin à certains niveaux.

En audition, je ne suis pas à mon meilleur pour improviser. Heille, tu me demandes d’improviser pour un personnage que je ne connais même pas!

SAM: Tu le disais, vous semblez improviser dans Le Chalet. Tu aimes ça?

Catherine: Jusqu’à un certain niveau… Je trouve ça cool quand les gens le font. Mais moi je suis pourrie. Vraiment pas bonne. Mais si c’est pas bon, c’est pas grave, c’est un terrain de jeu. On s’amuse à faire rire l’équipe. À moins de bien connaître le personnage, c’est touchy de déroger. En audition, je ne suis pas à mon meilleur pour improviser. Heille, tu me demandes d’improviser pour un personnage que je ne connais même pas!

Pour Marche à l’ombre, on a visité des centres de transition. Et aussi, entre nous, on s’est beaucoup questionnés sur la réinsertion. On a eu plusieurs débats enflammés sur le sujet. Dans ce cas-là, si je n’avais pas fait de recherche, j’aurais juste dit les mots du scénario.

SAM: Et comment te prépares-tu pour incarner un personnage?

Catherine: Ça passe beaucoup par cogiter, faire de la recherche, regarder des films, travailler la psychologie du personnage. Si j’aime autant le jeu, c’est parce que ça me permet de me poser des questions sur moi-même. L’art, c’est à ça que ça sert. Donc je fais de la recherche sur moi-même, sur les autres, sur les psychologies, quelles sont les choses qui poussent le personnage à agir comme ça, pourquoi elle s’habille d’une telle façon. Pour Marche à l’ombre, on a visité des centres de transition. Et aussi, entre nous, on s’est beaucoup questionnés sur la réinsertion. On a eu plusieurs débats enflammés sur le sujet. Dans ce cas-là, si je n’avais pas fait de recherche, j’aurais juste dit les mots du scénario. Quand tu ne connais rien, t’as beau faire semblant, mais tu ne sais pas trop ce que tu fais. Mon but, c’est d’être toujours dans la vérité absolue. Que des intervenants en réinsertion sociale nous disent que ça se passe comme ça pour vrai comme dans Marche à l’ombre, c’est le plus beau des cadeaux.

SAM: On sait que le doublage, ça se fait très rapidement. As-tu une façon de te préparer pour ça aussi?

Catherine: J’ai commencé quand j’avais 10 ans. T’apprends plus facilement à cet âge-là, donc je pense que ça m’aide beaucoup. C’est comme une langue, le doublage. C’est une technique, car c’est de la lecture à première vue. Donc ça aide quand tu lis beaucoup. C’est comme lire une partition. Tu ne peux pas te préparer à l’avance, c’est du jeu instinctif. Tu regardes la scène une fois ou deux maximum et tout de suite, tu te mets dans la bonne émotion. Pour interpréter des scènes, des acteurs bougent, d’autres pas. Quand le personnage court, tu peux le faker, mais moi je bouge beaucoup. C’est ma façon d’être plus incarnée. T’es plus dedans, comme l’acteur lui-même qui tournait la scène dans le film. Je considère que c’est important de bouger, se mettre dans le mood. Pour pleurer, il faut que je pleure pour vrai, ça s’entend quelqu’un qui fait semblant.

SAM: Tu n’as pas fait d’école de théâtre… Te sens-tu outillée autant que tes collègues qui ont fait l’école?

Catherine: Ça ne me complexe pas du tout. Je trouve ça absurde une école de théâtre. Quand on y pense, depuis qu’on est enfant, on joue, on s’invente des personnages. C’est pour ça qu’on appelle ça «jouer». On a ça en dedans de soi. Je ne pense pas que tout le monde en ait besoin. J’ai été chanceuse de commencer très jeune. J’ai tellement d’expérience.

Au fond, mon but, c’est d’avoir du fun. Je veux voir tous les aspects de ma vie comme ça.

SAM: As-tu une technique de jeu ou tu es plus instinctive?

Catherine: C’est instinctif… je sais pas. Je n’y pense pas vraiment. Je fais ça depuis tellement longtemps, je vais essayer que ça ait l’air le plus vrai possible. Je sais que mon amie Sarah-Jeanne Labrosse déclenche un mécanisme pour pleurer. Moi, j’ai besoin d’écouter de la musique triste. C’est de reproduire la vérité. Au fond, mon but, c’est d’avoir du fun. Je veux voir tous les aspects de ma vie comme ça. Faire un film ou une série, ça se passe en gang. On est chanceux de faire ce métier.

Entrevue par Élise Madé

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