Eric K. Boulianne
Une vision d’auteur pour un large public

Entrevue avec Eric K. Boulianne

Entrevue avec Eric K Boulianne

SAM: Salut Eric! Tu as beaucoup travaillé sur des projets télé en collaboration avec d’autres auteurs. Comment réussis-tu à t’adapter aux écritures des autres?

Eric: Ça dépend toujours du projet. Il y a des projets qui étaient des commandes et dans ce temps-là, t’as plus tendance à t’adapter aux règles. J’approche les commandes en essayant d’amener ma touche tout en suivant la vision de l’auteur principal. J’ai une bonne capacité à comprendre la nature des projets, je suis assez versatile comme personne. Sur Lourd, j’ai travaillé avec la réalisatrice qui est ma meilleure amie, et je connaissais bien l’univers. On a beaucoup travaillé en essai/erreur, car les synopsis étaient écrits, mais il y avait de la place pour fabriquer l’histoire nous-mêmes. Dans le cas des Pêcheurs, l’auteur Martin Petit m’envoyait la structure de l’épisode et mon travail était plus de dialoguer. C’est le chef auteur ou le show runner qui décide de la façon dont tu vas travailler. Certains préfèrent te donner un scène-à-scène clair, alors que d’autres fois, c’est plus de la création. Le métier de scénariste varie selon les projets. Ta job, c’est de t’adapter à tout le monde. Faut pas oublier que le scénario, c’est un matériel de base, un outil de travail.

Je suis dans une phase où j’explore beaucoup le thème de l’amitié et des adultes qui se comportent en enfant. J’y vais dans une vulgarité assumée, en tentant de faire la part entre le drame et la comédie.

SAM: Tu as écrit beaucoup de trucs humoristiques. Y a-t-il une mécanique que tu as développé pour être drôle?

Eric: Quand t’écris de l’humour, c’est jamais trop clair ce qui va être drôle. J’essaie de puncher les dialogues et d’y apporter un certain rythme. À partir d’un moment, tu commences à connaître les thématiques et les choses qui te font rire, mais j’essaie toujours de me surprendre. Je consomme beaucoup d’humour, je me mets au diapason de ce qui se fait. Je suis dans une phase où j’explore beaucoup le thème de l’amitié et des adultes qui se comportent en enfant. J’y vais dans une vulgarité assumée, en tentant de faire la part entre le drame et la comédie. Dans Petit frère, les deux personnages se disaient des affaires abominables, mais c’était touchant à la fin. Au final, je veux être humain.

Il y a un snobisme dans le milieu. Si tu travailles en télé, les gens en cinéma te regardent d’un œil. Pour De père en flic 2, tout le monde pense que faire une suite c’est juste mercantile, mais je suis un gros fan de ce genre de film.

SAM: Parle-moi de ton expérience sur De père en flic 2

Eric: Je t’avoue qu’il y a un snobisme dans le milieu. Si tu travailles en télé, les gens en cinéma te regardent d’un œil. Les deux gangs n’aiment pas tant que ça se mélanger. Pour De père en flic 2, tout le monde pense que faire une suite c’est juste mercantile, mais je suis un gros fan de ce genre de film. L’idée n’est pas de me travestir, mais d’apporter une touche plus personnelle à un gros projet. Le réalisateur du film, Émile Gaudreault, est venu me chercher et il m’a demandé de mettre ma touche au film. Il me laissait beaucoup de place et je pouvais essayer des affaires, faire des références inattendues. Quand j’ai décidé de faire ce film, j’ai essayé de faire rire ma famille, mes parents. Ça n’essaye pas d’être quelque chose que ce n’est pas… Ce n’est pas un film de Bernard Émond!

SAM: Tu es aussi producteur. Comment choisis-tu les projets que tu produis?

Eric: La boîte Romance Polanski, c’est pour nos projets qui n’iront pas chercher d’argent et qu’on décide de tourner comme ça. Certaines personnes nous ont envoyé leurs scénarios, mais on ne se sent pas prêt encore à accepter les projets d’autres personnes. J’ai un grand respect pour le travail de producteur, mais moi je suis scénariste. J’ai touché à tout, mais je suis bon comme scénariste. J’aime mieux m’entourer d’un bon producteur pour former la meilleure équipe possible. Peut-être que je vais réaliser ou produire un jour, mais pour les films des autres, je me sentirais imposteur.

SAM: Pour tes projets de comédien, y vas-tu dans ce sens-là aussi?

Eric: Pour Petit frère, je voulais volontairement jouer dans le film avec le comédien Étienne Galloy. On avait une bonne chimie lui et moi. Le reste du temps, quand j’ai joué, c’était plus des hasards, ou pour des projets d’amis. Je n’aime pas me décrire comme comédien, j’ai un grand respect pour ce métier. Depuis 2008 que je suis sorti de l’école, j’ai fait beaucoup d’affaires, beaucoup de projets. Mais j’ai fini par me connaître.

Ce qui est dommage, c’est qu’il y a une cassure entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial. Je pense qu’on peut mélanger les deux, aller chercher un plus large public avec une vision d’auteur. C’est ce que j’essaie de faire avec tous mes films.

SAM: Petit frère et Prank ont été de gros succès, mais ils n’ont pas été financés par les institutions. Vois-tu ça comme un pied de nez aux institutions?

Eric: Ça signifie plutôt qu’au Québec, on finance peu de cinéma de genre, de comédies ou de propositions audacieuses en terme de genre. Prank, je ne sais pas si ça aurait bien passé en institutions. À notre façon, on essaie de leur montrer qu’il y a un autre style de comédie qui peut se faire au Québec et que les festivals sont intéressés par ce genre de films-là. On était dans l’urgence de créer et ça nous a fait une carte de visite. En ce moment, je développe un projet ambitieux et on va avoir besoin des institutions pour le faire. Ce qui est dommage, c’est qu’il y a une cassure entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial. Je pense qu’on peut mélanger les deux, aller chercher un plus large public avec une vision d’auteur. C’est ce que j’essaie de faire avec tous mes films. C’est essayer de montrer et de faire ce que moi, je veux voir au cinéma québécois.

Entrevue par Élise Madé

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