François Avard
L’art de travailler en équipe

Entrevue avec François Avard

Entrevue avec Francois Avard

SAM: Salut François! Tu as tellement fait de choses dans ta carrière… Comment choisis-tu tes projets?

François: Au début, je ne choisissais pas vraiment. Je prenais des projets parce que j’avais besoin de payer mon loyer. Mais ma réputation a grandi et j’ai commencé à travailler avec les mêmes personnes au fil des années. Un moment donné, Martin Matte s’est mis à faire de la télé alors je l’ai suivi. Quand il a fait un spectacle, je l’ai aidé là-dessus aussi. Au bout du compte, mes collaborateurs me tiennent occupé toute l’année. Des fois, ce sont les projets comme tel qui vont m’interpeler. Par exemple, j’ai travaillé sur le développement d’un projet d’Adib Alkhalidey pour Télé-Québec et il n’y avait pas de budget, mais j’avais le goût, donc j’ai embarqué.

SAM: As-tu la même relation avec tous tes collaborateurs?

François: J’ai une relation plus intime avec Martin Matte, Louis-José Houde et Jean-François Mercier. Eux, ils veulent trouver un alter égo, un confident, un troisième œil, quelqu’un qui ne les juge pas. Ils veulent qu’on leur donne le meilleur d’eux-mêmes. Avec moi, ils parlent à un autre eux-mêmes. Autrement, sur des projets où c’est moins lié à l’intimité, on rigole entre copains. Il y a quelque chose de singulier dans mon parcours, car tous ceux avec qui je travaille, ce sont tous des gens à qui j’ai enseigné à l’École nationale de l’humour. Ils m’ont vu aller comme professeur et ils ont eu envie de travailler avec moi. Avec ceux-là, il y a toujours eu cette distance prof/élève et une grande complicité en même temps. C’est une distance saine, car ils savent que quand je les critique, c’est constructif et ils ne le prennent pas personnel.

Ça prend beaucoup de psychologie quand on est script-éditeur.

SAM: Selon toi, c’est quoi un bon script-éditeur?

François: Ça prend du recul et de l’expérience. Il faut avoir écrit pour savoir ce qu’il manque dans un texte. Il faut avoir écrit de l’humour pour trouver des pistes pour des blagues. Et je pense que l’enseignement m’a permis de dire les choses sans blesser. Ça prend beaucoup de psychologie quand on est script-éditeur. Je ne me sens pas sur un fil de fer. Je suis capable de voir quelqu’un qui est dédié versus quelqu’un de mauvaise foi. Quelqu’un de compétent pourrait me détruire un projet, et je pourrais l’accepter. J’ai développé ce que j’aime recevoir en enseignant.

Il y a toujours des problèmes qui apparaissent dans le développement d’un projet, donc si en plus on se pogne, on ne trouve pas de solutions et c’est l’enfer.

SAM: Quels sont les plus grands défis d’un script-éditeur?

François: Ça dépend des projets. J’ai fait la 3e saison de 19-2. Si on m’a demandé de le faire, c’est parce qu’on reconnaissait ma facilité à lier des individus au lieu de penser aux égos. C’était difficile, mais à cause des individus dans ce cas-là. Il y a toujours des problèmes qui apparaissent dans le développement d’un projet, donc si en plus on se pogne, on ne trouve pas de solutions et c’est l’enfer. Pour les Bye-Bye, ce sont des gars sympathiques, c’est du monde ouvert, et on était tous égaux. À l’époque de 3X rien ou Bob Gratton c’était la même chose. Bob Gratton, c’était pas une bonne série télé, mais ostie qu’on a eu du fun!

SAM: Tu n’as pas peur de l’admettre, quand des projets ont moins été des succès?

François: Il y a plein de mes projets qui n’ont jamais abouti à l’écran. Ils ne devaient pas être très bons, imagine! Dans les ratages, il y a eu Pendant ce temps devant la télé, un truc à sketchs pour les ados, un concept trop complexe. Mais autrement, pour Bob Gratton, avec les budgets qu’on avait, on avait une telle liberté que c’était une partie de plaisir. C’était cave, mais on a eu du plaisir.

SAM: Est-ce que tu ressens parfois la peur de te répéter? En refaisant Les Bougon en film, par exemple.

François: Je le sens venir. Le film Les Bougon, ça s’inscrivait dans une continuité. Je n’ai pas cette peur-là de me répéter, parce que hormis mes projets personnels, je travaille constamment avec des gens différents. Je suis à leur service. Je pars toujours de l’individu, donc les projets sont différents. Je le vois arriver quand les projets sont moins pertinents. Ça arrive souvent qu’on me propose un projet que je n’ai pas envie de faire, car je sens que j’ai déjà fait le tour de la question.

En faisant des projets différents, je sais que mes idées plus trashs ou mes mauvais jeux de mots vont fitter dans un projet un moment donné.

SAM: Tu as fait autant de l’humour que du jeunesse, alors tu es capable de t’adapter à tous les styles?

François: Je peux faire autant du cave que des trucs brillants, rigolos, dramatiques. J’ai présentement un projet de film personnel avec Podz qui est dramatique et sanglant. C’est une autre saveur totalement. Sinon, quand le téléphone a sonné pour Cochon Dingue, j’ai dit oui, car mes deux filles ont l’âge de ce public cible. Je peux faire autant du Cochon Dingue que du Jean-François Mercier. C’est pour ça que c’est sain. En faisant des projets différents, je sais que mes idées plus trashs ou mes mauvais jeux de mots vont fitter dans un projet un moment donné.

Au final, travailler seul, c’est plate en tabarnak.

SAM: Je comprends aussi que tu es vraiment un gars d’équipe…

François: Oui. En tant que script-éditeur, après un moment, tu deviens le disque dur d’un individu. Martin Matte, je le connais depuis 22 ans. C’est comme si on était deux têtes au lieu d’une. Je suis le fatiguant qui les pousse à aller plus loin, à faire plus. Moi je peux les pousser et leur mettre la pression pendant que je dors chez nous. L’ombre, c’est confortable. Mais en même temps, regarde Cochon Dingue : on dirait que c’est juste mon projet à moi dans les articles de journaux, alors que c’est faux. Je trouve ça embarrassant pour les autres auteurs. Je préfèrerais que les journalistes parlent de toute la bande. Au final, travailler seul, c’est plate en tabarnak. Je suis bon pour le faire trois ou quatre heures par jour maximum, mais sinon, j’aime mieux travailler en équipe.

Entrevue par Élise Madé

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