Guillaume Lambert
Faire des projets à son image

Entrevue avec Guillaume Lambert

Entrevue avec Guillaume Lambert

SAM: Salut Guillaume! Pourquoi as-tu décidé de partir plusieurs projets comme tu l’as fait?

Guillaume: Ça a commencé quand j’ai décidé d’écrire un court métrage et de jouer dedans pour avoir de l’expérience devant la caméra. Je voulais apprendre à faire du cinéma, mais je l’ai surtout fait par nécessité de jouer des choses qui me ressemblaient, de ne pas être dépendant du casting des autres, de faire des choses que j’avais envie de jouer avec un ton, de l’humour. À l’époque, on me castait beaucoup pour des téléromans, mais je ne me reconnaissais pas dans l’intrigue ou dans la chair des personnages. Une fois que le court métrage que j’ai écrit est sorti, ça m’a donné le goût d’en faire d’autres et je sentais venir cette vague de télévision d’auteur. Je voulais contribuer à ce genre-là. Avec l’âge d’or de la télé indépendante et de Xavier Dolan qui ont beaucoup ouvert les portes, je sens qu’on est dans la bonne époque pour essayer des affaires. La websérie n’existait pas il n’y a pas si longtemps, mais on sait maintenant que ça permet de construire quelque chose d’original. Je voulais faire quelque chose avec la websérie, et ça m’a mené à écrire L’âge adulte.

SAM: On dit que le web permet plus de libertés, mais est-ce réellement le cas à cause des contraintes financières?

Guillaume: C’est quelque chose qu’on dit souvent, qu’il y a plus de liberté en web, mais on peut frapper un mur à cause des budgets peu élevés. Comme les budgets sont limités en web, ça donne des produits qui se ressemblent ou qui racontent souvent la même chose. Mais moi, pour L’âge adulte, j’avais envie d’aller plus loin, de me démarquer. Je n’avais pas le goût de faire une websérie avec juste trois personnages. Je voulais explorer la forme et être original, mais c’est un mythe de dire qu’on peut faire tout ce qu’on veut.

Être acteur, c’est aussi une forme d’écriture.

SAM: Tu as aussi joué dans L’âge adulte. Est-ce que ça a été difficile de laisser tomber ton rôle d’auteur sur le plateau?

Guillaume: J’avais une grande confiance envers le réalisateur, François Jaros, et je n’ai pas été déçu. Il y a des réalisateurs qui se mettent derrière le projet pour le réaliser et d’autres réalisateurs qui le font à leur manière. Je préfère les réalisateurs qui tentent de se mettent dans la tête de l’auteur. François Jaros est vraiment au service du projet. Et on se connaît beaucoup, il connaît mon humour. Au-delà de ça, je dirais que l’écriture et la direction d’acteur, c’est foncièrement la même chose; dans les deux cas, on fait dire des choses aux personnages.

Je m’intéresse beaucoup au format, au support. Ce n’est pas nécessairement dans une volonté d’être polyvalent, mais plus d’avoir de nouveaux défis créatifs, des nouveaux codes que j’essaie de maîtriser.

SAM: Tu as aussi écrit un roman, Satyriasis: mes années romantiques, qui est une autofiction. Jusqu’à quel point tu aimes écrire sur des choses proches de toi?

Guillaume: Je joue avec les codes du vrai et du faux. Que ce soit dans mon court métrage Plus ou moins 24 heures après la mort de Heath Leadger ou le spectacle Le Guillaume Lambert Show, j’aime faire croire que c’est vrai pour être intime, et ainsi rejoindre le public. J’aime ce lien avec l’intimité. Quand un personnage se met à nu, sans tomber dans les clichés de la nudité, ça rejoint les gens. Évidemment, pour Satyriasis, c’est romancé, ce n’est pas autobiographique, sinon, j’aurais fait une autobiographie. Je me suis beaucoup inspiré de Nelly Arcan ou de Marguerite Duras. Je m’intéresse beaucoup au format, au support. Ce n’est pas nécessairement dans une volonté d’être polyvalent, mais plus d’avoir de nouveaux défis créatifs, des nouveaux codes que j’essaie de maîtriser. Pour moi, un texte, c’est une partition de musique. J’ai besoin de mettre un cadre, mais de mettre des bombes dans ce cadre. Mais Satyriasis, c’est une erreur de parcours en quelque sorte, car j’avais ce matériel, mais je ne pouvais en faire un film. C’était la voix d’un narrateur, donc le contenu n’était pas assez visuel pour en faire un film. Par la force des choses, c’est devenu un roman.

SAM: Tu t’es plutôt lancé dans la réalisation d’un film avec Les scènes fortuites, dans lequel tu joues également. C’était un de tes objectifs de passer à la réalisation?

Guillaume: Ce n’était pas un objectif clair, ça fait partie du parcours logique. Il y avait le programme micro-budget de Téléfilm et j’avais cette histoire d’un cinéaste qui n’a jamais fini son film. J’avais des rushes d’un court métrage jamais terminé et j’avais l’opportunité de le faire et ça a marché! Dans ce contexte-là, je devais être le réalisateur du film. J’aime vraiment ça. Avec 100 000 $ de budget, je n’avais pas d’argent pour des éclairages et j’ai dû m’adapter et réécrire le scénario en fonction des locations qu’on avait. Au moment où on se parle, je suis en montage, et le résultat est proche du documentaire. C’est brouillon, mais ça donne quelque chose de très vrai, je suis content.

Entrevue par Élise Madé

SAM te conseille d'autres lectures.

Entrevue avec Eric K Boulianne

Eric K. Boulianne: Une vision d'auteur pour un large public

Lis l'article
Entrevue avec Viviane Audet

Viviane Audet: Le jeu et la composition de musique pour communiquer

Lis l'article
Entrevue avec François Jaros

François Jaros: Réaliser pour être déstabilisé

Lis l'article
Entrevue avec Francois Avard

François Avard: L'art de travailler en équipe

Lis l'article