Helen Faradji
Aimer le cinéma un peu, beaucoup… à la folie

Entrevue avec Helen Faradji

Entrevue avec Helen Faradji

SAM: Salut Helen! Tu es critique de cinéma depuis 15 ans… Pourquoi as-tu voulu faire ce métier?

Helen: Pour l’amour de l’écriture. Au départ, je m’intéressais davantage au journalisme généraliste. Un moment donné, je me sentais plus libre en parlant de cinéma. Donc ça a été une occasion de marier les deux de façon naturelle.

SAM: Quelle est la place de la critique au Québec?

Helen : Très mince. Je suis toujours triste de ça. Il n’y a pas assez de débats critiques, pas assez de discussions autour du cinéma. En France, le cinéma fait partie du discours public et de la culture, et il n’y a pas d’élitisme. Ici, il y a un fossé entre les critiques et les artistes. Et le public se sent un peu exclu. Je dirais que c’est aussi la faute de la critique en général qui n’est pas capable de s’adresser à tout le monde.

SAM: Sens-tu que les artistes prennent la critique de façon constructive?

Helen: Je pense qu’au fond, on veut la même chose: que les films soient bons. On partage tous un amour du cinéma. Il y a ça qui nous rassemble. Comment ils la reçoivent, la critique? Je ne sais pas trop. Je n’ai jamais eu de problème avec ça. Je comprends que ça puisse vexer des ego, mais une critique n’est jamais personnelle… Je ne me pose pas la question, j’avoue. Quand tu commences à penser à ça, tu t’empêches de voir le film pour ce qu’il est.

Quand je décide d’écrire sur un film ou de prendre la parole, je ne me censure pas.

SAM: Est-ce que tu t’autocensures en tant que critique?

Helen: Quand je décide d’écrire sur un film ou de prendre la parole, je ne me censure pas. Toutefois, je me pose souvent la question si j’en parle ou pas, car je suis proche de beaucoup d’artistes et artisans du milieu. Quand la personne qui a fait le film est trop proche de moi, je ne vais pas parler du film, tout simplement.

 Chaque fois, je n’en reviens pas de voir ça, car en France, ce n’est pas aussi fort qu’ici. Il n’y a pas un film québécois qui ressemble à un autre film québécois en ce moment.

SAM: Y a-t-il des vagues dans le cinéma québécois que tu as aimées?

Helen: Il n’y a pas vraiment de vagues, mais j’aime les ovnis qui surgissent. D’abord, il y a les œuvres de Robert Morin, quelqu’un qui ne s’est jamais préoccupé de vouloir plaire à personne. Sinon, j’ai beaucoup aimé À l’ouest de Pluton d’Henry Bernadet et Myriam Verreault, Le Cyclotron d’Olivier Asselin, La chasse au Godard d’Abitibi d’Éric Morin ou encore Prank de Vincent Biron. Ce sont tous des films qui ne suivent pas d’autres désirs que ceux de leurs créateurs. Donc je parlerais de sommets de crête de temps en temps, mais pas de vagues. Chaque fois, je n’en reviens pas de voir ça, car en France, ce n’est pas aussi fort qu’ici. Il n’y a pas un film québécois qui ressemble à un autre film québécois en ce moment.

De Stéphane Lafleur à Xavier Dolan, en passant par Podz et Denis Côté, il n’y a pas d’unicité stylistique. Le fil rouge entre tout ça devient donc la multiplicité des audaces.

SAM: Comment le cinéma québécois se démarque selon toi?

Helen: La première chose qui frappe, c’est à quel point notre cinéma séduit à l’étranger, que ce soit à Cannes, Venise ou Berlin. Le cinéma québécois est aux premières lignes. Le talent québécois est recherché à l’étranger. L’intérêt des Américains pour le talent québécois est plus que vif. C’est ironique, car ici on a du mal à faire exister ce talent en salles… C’est un paradoxe inhérent au cinéma québécois. On fait des propositions audacieuses. On est capable de s’illustrer dans pas mal de styles, mais il n’y a pas beaucoup de cinéma de genre au Québec. Je ne sais pas pourquoi, on fait peu d’horreur, de grosses comédies ou de thrillers. De Stéphane Lafleur à Xavier Dolan, en passant par Podz et Denis Côté, il n’y a pas d’unicité stylistique. Le fil rouge entre tout ça devient donc la multiplicité des audaces.

SAM: Comment ça se fait alors que le cinéma québécois ait du mal à rejoindre son public?

Helen: C’est une grande question. Ce qui a été un problème pendant longtemps, c’est qu’on a souvent eu tendance à oublier qu’il y a quelqu’un dans la salle. Quand on crée, que ce soit un roman, une œuvre ou un film, il ne faut jamais oublier qu’on s’adresse à quelqu’un. Le danger, c’est de trop chercher des réactions. Mais les gens de talent, ils sont capables d’avoir un équilibre entre ne pas faire de compromis et avoir conscience qu’il y a quelqu’un dans la salle, pour le faire rire, le faire réfléchir. Le rire, c’est déjà une forme de communication.

J’aimerais qu’on présume de l’intelligence du spectateur, qu’on arrête de penser que mettre des vedettes dans un film ou que faire une suite, ça va attirer les gens.

SAM: Que déplores-tu du cinéma ou de la télé au Québec?

Helen: J’aimerais qu’on présume de l’intelligence du spectateur, qu’on arrête de penser que mettre des vedettes dans un film ou que faire une suite, ça va attirer les gens. Les gens ne sont pas cons. Je n’aime pas le cinéma qui n’est pas généreux, qui est publicitaire, ou quand c’est fait dans l’optique d’être un produit qu’on doit vendre. Aussi, ce qui reste du cinéma gris et «lamentard», il y en a encore. Le cinéma, ce n’est pas censé être une psychothérapie, ça peut être plus généreux, plus amusant. Les créateurs doivent essayer d’être plus libres, plus audacieux. Quand ils ne s’imposent pas de limites, ils font des merveilles et c’est ce qu’on a envie de voir.

Entrevue par Élise Madé

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