Henry Bernadet
À la recherche de la vérité

Entrevue avec Henry Bernadet

Entrevue avec Henry Bernadet

SAM: Salut Henry! Tu as fait beaucoup de documentaires… Quelle est ta façon d’approcher tes sujets?

Henry: Ça dépend, mais la plupart du temps, je vais faire des commandes donc les recherchistes ont déjà fait les premières approches. Dans ces cas-là, je vais tenter de rencontrer les personnages avant le tournage. Je vais les observer et rencontrer leur entourage. Je vais faire une deuxième recherche qui poursuit la première recherche théorique. Il faut s’adapter à la réalité du terrain et forcément, ça diffère de la recherche de base.

SAM: Et comment vas-tu trouver le bon angle pour traiter de ces sujets?

Henry: Ça se passe surtout sur le terrain. Il faut que tu écrives le scénario avant d’avoir rencontré le monde, mais tu ne sais pas ce qu’ils vont te dire tant que ça. C’est un plan qu’il faut être prêt à changer à n’importe quel moment. Et souvent, le tournage est plus intéressant que ce que tu avais imaginé. C’est important d’avoir un plan pour avoir une liste d’éléments à ne pas oublier, mais après tu as la liberté de faire plus que ça, de chercher, d’essayer des choses en tournage, de poser des questions que tu n’avais pas osé demander au téléphone car tu ne connaissais pas la personne. J’aime tourner dans l’action. Les personnages se révèlent à nous lorsqu’ils vivent des choses. J’aime voir interagir mes personnages avec les gens de leur entourage et qu’ils soient confrontés à certaines situations.

SAM: Quand tu fais du documentaire pour de la télé, j’imagine que tu choisis moins tes sujets… Comment faire pour t’y intéresser quand même?

Henry: Il y a toujours quelque chose d’intéressant. Je vais m’attacher à ce qui me touche d’une personne, que ce soit sa personnalité, ses traits de caractère, le lieu dans lequel elle est. Des fois, le personnage n’est pas si intéressant que ça, mais quand tu le filmes dans ce qu’il a de plus humain, on apprend à s’attacher à la personne. Et je me dis toujours que si le sujet a été choisi par des producteurs, il y a une raison.

Quand la forme est déjà établie et qu’il y a une ligne directrice à respecter, ça permet d’aller plus loin dans le contenu. C’est important pour moi de le faire avec une certaine liberté et d’être cohérent et en harmonie avec mon sujet.

SAM: Est-ce que le travail est étroit avec les producteurs?

Henry: Ça dépend des boîtes et des producteurs, mais en général, on communique beaucoup. C’est un mélange entre écouter son instinct et être à l’écoute de ce que le producteur veut. Tu rentres dans un cadre, mais tu peux toujours travailler activement à améliorer ce cadre-là. Quand la forme est déjà établie et qu’il y a une ligne directrice à respecter, ça permet d’aller plus loin dans le contenu. C’est important pour moi de le faire avec une certaine liberté et d’être cohérent et en harmonie avec mon sujet.

Quand je fais du jeunesse, j’essaie d’écrire pour moi d’abord, d’écrire ce qui me fait rire. Quand tu lis des Astérix, Spirou ou Gaston LaGaffe, tu remarques qu’ils s’adressent avant tout à l’intelligence du public et qu’ils ne doutent pas de ses capacités à comprendre l’intrigue ou certaines blagues.

SAM: Tu as aussi fait du jeunesse… Est-ce difficile de rejoindre ce public?

Henry: Quand je fais du jeunesse, j’essaie d’écrire pour moi d’abord, d’écrire ce qui me fait rire. Quand tu lis des Astérix, Spirou ou Gaston LaGaffe, tu remarques qu’ils s’adressent avant tout à l’intelligence du public et qu’ils ne doutent pas de ses capacités à comprendre l’intrigue ou certaines blagues. Mon but est de créer l’univers le plus cohérent et drôle possible et que ce soit captivant. Mes personnages qui ont des quêtes, qui vivent des émotions fortes, qui sont confrontés à des situations absurdes… ce sont eux qui te parlent plus que le public. Tu les embarques dans une aventure où tout est possible.

SAM: Comment se passe le travail de collaboration avec un auteur quand tu réalises un texte que tu n’as pas écrit?

Henry: Comme réalisateur, tu essaies de mettre en images le mieux possible le monde que l’auteur a créé, tout en tentant de l’amener plus loin. L’auteur n’est pas réalisateur, donc c’est à toi de lui proposer des choses qu’il n’aurait pas vues. Par essais-erreurs, j’essaie de bien comprendre ce que l’auteur veut faire, et lui de son côté comprend où je m’en vais. Ça se passe beaucoup en pré-production, et ça se poursuit ensuite avec les acteurs. Ça dépend des auteurs, mais certains acceptent que le texte soit quelque chose de vivant, qui se modèle au fur et à mesure. C’est un travail de collaboration, de communication, c’est une création collective. Je crois au travail d’équipe, qui passe par le meilleur de chacune des personnes dans l’équipe. Chaque membre a son expertise, il faut que tu te serves de ça. Quand tous vont dans la même direction, ça donne un sens.

Chaque projet est unique. Il faut s’adapter à chacune des situations. Il n’y a pas une seule façon de faire les choses, c’est au réalisateur de s’adapter à la production, et non l’inverse.

SAM: Tu dis tenter de rester à l’écoute du réel, même en fiction. Tu le fais de quelle façon?

Henry: Même dans une fiction à plus gros budget où les horaires sont très serrés, il y a moyen d’être attentif aux imprévus et aux propositions faites à chaque instant. Des fois, tu n’as pas le choix, il faut que tu t’en serves. J’aime quand les acteurs improvisent à certains moments. À d’autres, il n’y a pas de place pour ça, mais quand c’est possible, c’est souvent payant. On va essayer de créer sur place en amenant la situation encore plus loin, avec les éléments qui sont là. Ça dépend vraiment des projets. Chaque projet a ses balises, ses budgets. Chaque projet est unique. Il faut s’adapter à chacune des situations. Il n’y a pas une seule façon de faire les choses, c’est au réalisateur de s’adapter à la production, et non l’inverse.

Entrevue par Élise Madé

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