Martin Michaud
Celui qui a toujours voulu raconter des histoires

Entrevue avec Martin Michaud

SAM: Salut Martin! Tu as adapté ta série Victor Lessard pour le petit écran. Est-ce difficile de diviser l’univers du roman et celui de la série lorsque tu écris?

Martin: Le plus gros défi quand j’écris pour la télé, c’est de ne pas être trop protecteur de mon univers et d’avoir l’ouverture d’accueillir les idées qu’on génère avec l’autre auteur et la scripte-éditrice. C’est aussi l’humilité de dire que lorsque j’écris des romans, je suis le maître de l’univers, mais qu’en télé, on est plusieurs et que c’est une tâche commune. Je suis bien là-dedans, car ce qui m’intéresse, c’est la création. Je suis présentement en train d’écrire pour la deuxième saison de Victor Lessard, et je suis maintenant contaminé par les interprètes. Plus j’écris une partition qui est proche de Patrice Robitaille qui interprète le rôle-titre, mieux c’est. Mais pour le roman, ça va être un défi de mettre ça de côté. Dans le roman, tout ça était un peu flou dans ma tête. Ce n’était pas aussi précis que ce qu’on a vu à la télé. Je me dis que si j’étais capable de faire le chemin du roman à la télé, je vais pouvoir faire le chemin inverse.

SAM: Où trouves-tu ton inspiration pour concevoir des intrigues de meurtre?

Martin: Mon inspiration vient de trois sources. Premièrement, c’est à propos de quelqu’un ou de quelque chose qui m’interpelle. Dans la série Victor Lessard, je traite des relations père/fils. Dans Je me souviens, je suis parti de la fascination pour John F. Kennedy que j’avais depuis longtemps. Ensuite, l’autre source, si tu veux écrire et que ce soit crédible, il faut que tu observes. Tu deviens un voleur des petits détails que tu vas chercher à gauche et à droite. Et troisièmement, l’actualité m’inspire beaucoup. Dans Violence à l’origine, je parle de la violence faite aux femmes, du marchandage de la chair.

Quand je montre cette violence, ce n’est jamais un artifice. C’est la conséquence des actions des protagonistes. Il n’y a jamais des bons juste bons, ou des méchants juste méchants. Je vais aller explorer la faille.

SAM: Tu n’as pas peur de traiter de sujets violents?

Martin: Quand je montre cette violence, ce n’est jamais un artifice. C’est la conséquence des actions des protagonistes. Il n’y a jamais des bons juste bons, ou des méchants juste méchants. Je vais aller explorer la faille. Qu’est-ce qui fait que quelqu’un qui a une vie normale va sauter dans le gouffre? Est-ce qu’on a tous un potentiel de violence à l’origine? Donc oui, il y a des scènes de violence, on en montre, mais je vais la dénoncer aussi. Par exemple, le premier épisode de Victor Lessard comporte une scène de torture. Moi, je l’aurais montrée de façon plus pudique, mais le réalisateur Patrice Sauvé voulait montrer que toute cette démarche est basée sur des années de souffrance, donc il voulait les montrer, ces actes de violence…

J’ai développé des mécaniques complexes en écrivant des gros contrats en tant qu’avocat. Et ces mécaniques-là sont dans les intrigues policières.

SAM: Est-ce que ton passé d’avocat te sert lorsque tu écris?

Martin: Ça n’a pas nécessairement rapport avec les intrigues policières que je crée, contrairement à ce que les gens pensent. Mais j’ai développé des mécaniques complexes en écrivant des gros contrats en tant qu’avocat. Et ces mécaniques-là sont dans les intrigues policières. Si tu changes une clause du contrat, ça change le reste du contrat. C’est la même chose que lorsque tu changes un indice dans une intrigue. Pour avoir toujours été un lecteur de romans d’espionnage et de romans policiers, ce qui m’intéresse avant tout, c’est le mystère.

John Irving disait qu’écrire un roman, c’est nager dans l’océan alors qu’écrire un film, c’est nager dans une baignoire.

SAM: Quelle est la place des séries de genre au Québec?

Martin: Je ne sais pas. On s’en crisse de la forme, ce que le lecteur veut, c’est se faire raconter une bonne histoire, peu importe la forme. Pour moi, l’objectif, c’est de faire un bon show. Ça a toujours été ça. Moi j’écris dans ce créneau, mais je peux aller ailleurs.

SAM: Trouves-tu que tu as plus de liberté en écrivant des romans?

Martin: Totalement. John Irving disait qu’écrire un roman, c’est nager dans l’océan alors qu’écrire un film, c’est nager dans une baignoire. Dans une série télé, il faut focaliser d’abord sur les personnages et ça amène un certain nombre de décisions. Le budget est ton frein. Il y a toujours trop de personnages, trop de lieux, trop de scènes… Ça te force à faire des choix, à faire preuve de plus de créativité, si c’est possible. À mes yeux, il y a plus de contraintes en télé, et aussi dans la façon de travailler. Quand j’écris un roman, je dis à mon éditrice que mon roman va parler de tel sujet et elle me fait confiance. Avec une série télé, je dois faire approuver beaucoup plus de versions et tout le monde a son opinion. Les commentaires sont souvent contradictoires, mais mon travail c’est d’essayer de comprendre le symptôme, c’est-à-dire de trouver ce qui ne marche pas.

J’ai publié huit romans. Chaque fois que j’en commence un nouveau, je me dis que c’est plus facile, mais c’est aussi difficile, car je recommence toujours à zéro. Il n’y a pas de recette!

SAM: Es-tu plus conscient du public en télé?

Martin: C’est rare que j’écris et que je me demande c’est quoi le public. C’est drôle, c’est comme si je commence à y penser quand j’ai fini. Je réfléchis plus à savoir si j’ai raconté l’histoire que je voulais raconter, si ça atteint mes standards, si j’ai le sentiment qu’il n’existe pas de trous. Dans les intrigues policières, c’est important de faire attention aux trous. J’ai publié huit romans. Chaque fois que j’en commence un nouveau, je me dis que c’est plus facile, mais c’est aussi difficile, car je recommence toujours à zéro. Il n’y a pas de recette!

Entrevue par Élise Madé

 

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