Sébastien Bédard
Créer des environnements sonores

Entrevue avec Sébastien Bédard

Entrevue avec Sébastien Bédard

SAM: Salut Sébastien! Tu fais autant du montage que de la conception sonores. Quelle est la différence entre ces deux rôles?

Sébastien: Le monteur sonore s’inscrit dans l’un des nombreux département de la postproduction audio. Il s’occupe de monter les bruitages, n’importe quel son relié aux mouvements des personnages, aux dialogues, etc. Il va suivre ce que l’image lui dicte. Le concepteur sonore va amener le son plus loin. Il est le chef d’orchestre de la postproduction audio. Il s’occupe de l’ambiance et des effets recherchés. Il supervise le monteur sonore et le compositeur de musique aussi. C’est lui qui va discuter avec le client pour avoir son feedback. Un concepteur a plus de liberté, artistiquement parlant.

Une bonne conception sonore doit être en subtilité. C’est là que le travail est le plus ardu et le plus gratifiant. Les spectateurs ne vont pas nécessairement le remarquer, mais ils vont ressentir l’émotion.

SAM: Qu’est-ce qui est le plus difficile à réussir en conception sonore?

Sébastien: Étonnamment, ce sont les scènes plus posées qui sont les plus difficiles. Quand il n’y a pas beaucoup d’éléments et que tu veux y croire, ça demande beaucoup de précision. Pour une poursuite policière, si tu manques un coup de cône qui se fait frapper, personne ne va s’en rendre compte. Une bonne conception sonore doit être en subtilité. C’est là que le travail est le plus ardu et le plus gratifiant. Les spectateurs ne vont pas nécessairement le remarquer, mais ils vont ressentir l’émotion. C’est la psycho-acoustique. On joue avec les émotions du spectateur.

 SAM: Ça doit être extrêmement long à faire!

Sébastien: Monter un épisode d’une série lourde, par exemple de science-fiction ou une série policière, ça peut prendre jusqu’à 50 heures, parce qu’il faut littéralement recréer tous les éléments sonores séparément. Pour la version anglophone de 19-2, il y a une poursuite de voitures dans laquelle je dois par exemple ajouter tous les sons de sirènes, de monteurs de voiture, les cônes qui tombent, le crissement des pneus, etc. On ne peut pas utiliser le son original du tournage, car ce n’est pas assez complet. L’idée est toujours de créer un environnement sonore.

SAM: Est-ce très différent de faire de la conception sonore pour un documentaire?

Sébastien: Les budgets ont fondu en documentaire, donc on a beaucoup moins de temps. Dans le cas des documentaires, on veut rester réel, alors que pour 19-2 par exemple, on veut rendre ça plus Hollywood. En documentaire, on veut entendre le son de la caméra, et qu’on n’ait pas l’impression que c’est du son rajouté. C’est toujours dans l’idée que ça coule bien et qu’il y ait une bonne continuité. On peut tricher un peu plus dans les documentaires animaliers… il n’y a pas autant de sons que ça dans la vraie nature, je peux te le dire!

SAM: Êtes-vous parfois amenés à faire des bruitages?

Sébastien: Dans les cas où on n’a pas les sons, on va les enregistrer. Ça arrive de moins en moins, car ça fait longtemps qu’on a une banque de sons et qu’on l’enrichit. Des fois, on va prendre des sons libres enregistrés sur le tournage. Ça arrive souvent pour des éléments typés, particuliers. Pour le film Le poil de la bête, ça se passait dans une église, donc on est allé chercher la personnalité de l’église. On est parti en gang dans un lieu avec déjà en tête l’idée de ce qu’on voulait enregistrer. Sinon, on y va avec des banques de sons commerciales ou d’autres banques plus personnelles qu’on ramasse au fil du temps.

C’était stressant au début de partir de zéro à chaque fois, mais maintenant, je vois ça plus comme un défi.

SAM: Est-ce qu’il y a des choses qui te stressaient au début, mais qui sont plus faciles pour toi aujourd’hui?

Sébastien: J’avais le syndrome de la page blanche au début. Les premières fois où j’ai travaillé sur les scènes de hockey de Lance et compte, je stressais, car il fallait partir de zéro. Mais tu développes un pattern, tu rajoutes des couches. Il y avait beaucoup d’éléments sonores, parfois jusqu’à 300 tracks sur une seule séquence. C’était stressant au début de partir de zéro à chaque fois, mais maintenant, je vois ça plus comme un défi.

SAM: Tu ne te tannes pas de revoir la même scène des dizaines et des centaines de fois?

Sébastien: Le temps passe tellement vite, tu n’as pas le temps de te tanner! Les films, ça se fait dans le détail. Pour 1:54, il y avait beaucoup de scènes dans une école, et c’était demandant, car il fallait monter les voix des étudiants dans les couloirs séparément. Ça prend du temps… Tu ne t’en rends pas compte et tu viens de passer une semaine et demie sur le projet. Dans le cas de 1:54, j’étais là pour finaliser le mix avec le concepteur Robert Labrosse… À la dernière journée, on devait avoir vu le film 300 fois, mais c’est la journée qui a passé la plus vite. T’es dans les petits détails et la finesse. Ça passe très vite!

Entrevue par Élise Madé

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