Viviane Audet
Le jeu et la composition de musique pour communiquer

Entrevue avec Viviane Audet

SAM : Salut Viviane! Tu as composé la musique de plusieurs films avec ton conjoint Robin-Joël Cool. Comment travaillez-vous ensemble?

Viviane : Avec Robin, c’est naturel, car on est ensemble depuis 9 ans. On a commencé à composer de la musique de films ensemble sur Camion de Rafaël Ouellet. Il nous a sollicités, car il habite en haut de chez nous et il entendait la musique qu’on faisait avec notre groupe Mentana. Après Camion, on a fait Gurov & Anna du même réalisateur et on a ensuite fait deux documentaires, Ma fille n’est pas à vendre d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Sur la lune de nickel de François Jacob. On fait présentement la musique du prochain film de Luc Picard, Les rois mongols… On est un monstre à deux têtes, Robin et moi. Robin va jouer au piano, et je vais rajouter un peu de magie à tout ça. J’ai étudié en piano, je suis pianiste et lui c’est un grand mélodiste. On improvise beaucoup et ça devient une musique.

SAM : Composes-tu directement sur les scènes ou même avant le tournage?

Viviane : Pour le film de Luc Picard, on compose la musique sur le film déjà monté. Parfois, on a la chance d’être impliqué dès le début, de pouvoir lire le scénario. Chaque réalisateur a sa façon de percevoir la musique. Pour certains, c’est plus technique, la musique est là pour faire des transitions entre les scènes. Pour d’autres, c’est super émotif, c’est ce qui va faire que le film va marcher…

SAM : Comment le réalisateur arrive-t-il à te communiquer ce qu’il veut?

Viviane : Le langage entre le musicien et le réalisateur, c’est très abstrait. On va parler d’émotions, d’impressions. C’est fou le vocabulaire qu’on utilise. Comme on arrive souvent tard dans le parcours, le réalisateur est souvent attaché à son film et à sa musique de référence qui a été choisie dès le début du montage. C’est pas toujours évident, car le réalisateur veut souvent quelque chose qui ressemble à cette musique de référence et on doit essayer de se détacher. Luc Picard avait par exemple mis la musique de Camion à certains moments dans son montage, donc on se sentait moins intimidés avec la musique de référence dans ce cas-là!

Je sais maintenant que je suis une source renouvelable de création.

SAM : Est-ce qu’il vous arrive parfois de manquer d’inspiration?

Viviane : On arrive toujours à débloquer. On a parfois le « syndrome du clavier blanc », mais dans ces cas-là on réalise que la scène n’a tout simplement pas besoin de musique ou que la musique de référence était finalement trop intense. Plus on en fait, plus je suis rassurée. Je sais maintenant que je suis une source renouvelable de création. Après Camion, on avait l’impression qu’on avait tout donné, mais on a fait ensuite Gurov & Anna, avec plus d’envergure encore.

J’ai besoin de sentir que le réalisateur me fait confiance, qu’il me laisse un terrain de jeu.

SAM : Tu as parlé de ta collaboration avec les réalisateurs en tant que compositrice. Mais en tant que comédienne, comment travailles-tu avec eux?

Viviane : Je pense aux réalisateurs Rafaël Ouellet, Sébastien Gagné, Patrice Sauvé ou Podz qui vont vraiment prendre un temps pour te raconter l’histoire. On va se mettre dans une bulle et se concentrer sur ce qu’on a à faire. J’ai besoin de sentir que le réalisateur me fait confiance, qu’il me laisse un terrain de jeu. Je n’aime pas sentir que c’est au quart de tour. Je ne suis pas obstineuse et pas très émotive. Je suis un bon soldat, j’aime quand le réalisateur me dit comment il voit ça. Cette façon-là va m’amener une émotion.

Au bout du compte, ce que j’aime dans mon métier, que ce soit pour jouer ou en musique, c’est l’idée de la communication, de transmettre une émotion. Je veux aller porter quelque chose au public, dans son oreille ou dans son cœur.

SAM : Qu’est-ce qui fait qu’un personnage va te rejoindre?

Viviane : Je pense que mon casting a changé dans les dernières années. J’ai eu un bébé et je me sens plus loin de ma jeunesse. Je suis attirée par les personnages plus matures qui ont des failles. Ce sont des personnages iceberg : sur le top, tu vois quelque chose, mais en dessous, il se cache autre chose. Je suis vraiment le genre de comédienne qui va plonger. Je me fous de quoi j’ai l’air et il n’y a pas grand-chose qui me fait peur. Quand je passe des auditions, j’ai l’impression que je m’en vais à la guerre. J’aime le challenge. Au bout du compte, ce que j’aime dans mon métier, que ce soit pour jouer ou en musique, c’est l’idée de la communication, de transmettre une émotion. Je veux aller porter quelque chose au public, dans son oreille ou dans son cœur.

Entrevue par Élise Madé

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